Le rire n’est pas loin, Kanyakumari dieux 3/3

Dieux et déesses, dévots et pélerinages 3/3

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Je sors du temple sur l’ esplanade où sortent et s’engouffrent des centaines de personnes. Au milieu de la foule étourdissante et pourtant fluide, je récupère ma ceinture en cuir.

Je suis assaillie de cris et de namaste. Des hommes émaciés, hirsutes au regard de braise, à moitié vêtus de sarongs rouges brun, les ongles comme des griffes, pieds nus m’assaillent. Ils m’encerclent. Je frémis puis comprends : ce sont eux, « pélerins » de la gare d’il y a deux jours ! la joie sur leurs visages, leurs sourires irrésistibles.

L’un me tend les deux mains, me serre la mienne, la dizaine d’autres aussi. Tous rient moi aussi. Les gens nous dévisagent.

Oui ce sont eux « diables » ou « anges gardiens « de la gare de Thanjavur !

J’attendais anxieuse 23H pour prendre mon train pour Kanyakumari. J’étais dans la salle d’attente de première classe équipée de multiples prises électriques, toutes occupées, sauf une près d’ hommes qui dépareillaient par leur allure de sauvages. Pieds nus, des cheveux non coupés, torse nu, certains assis par terre, ils assiégeaient les toilettes. Qui étaient ces hommes mystérieux ? je finis par oser brancher mon chargeur de téléphone près de l’un, d’entre eux, je m’assis près de lui posant monguide du Routard entre lui et moi, assez tendue. Il s’en empara sans un mot. J’étais en alerte. Il avait l’air intéressé, savait il lire-l’alphabet, lisait-il tout court dans sa propre langue ?.

-It is a good guide lui dis-je

Il me regarda et se mit à rire en montrant ses oreilles et me parla. Un autre à coté

également. Je ne comprenais rien. Ce contact cependant m’avait rassurée. Je les intriguais

autant qu’ils m’intriguaient. Le rire n’était pas loin.

Le temps passa mais quand je repris mon téléphone impossible de le faire démarrer. Une

panique s’empara de moi. C’était mon cordon ombilical.

Une main vigoureuse aux longs ongles noirs s’empara brusquement de mon téléphone. Je voulus le

reprendre et cherchais un appui autour de moi auprès des voyageurs.

Me faire voler ainsi quelle idiote!

L’homme à coté de moi fit quelques manipulations sur mon téléphone puis le brandit triomphant vers moi

Mon smartphone marchait ! Je me confondais en remerciements et en excuses. A
ce moment un employé de gare s’approcha d’eux. Plein de mépris il se mit à hurler

– «  herefirst class first class forbidden to you »

avec des phrases en tamoul je crois, en les menaçant de son baton la sortie. Ils vidèrent la salle. Je me sentis encore plus seule.

talismans et montre

J’ai essayé d’en savoir plus long. Une collègue brahmane sans me laisser raconter mon

expérience me mit en garde contre eux. C’était des hommes dangereux, agressifs, non

éduqués qui faisaient un pèlerinage de 40 jours depuis l’Andhra Pradesh ou d’autres lieux

pour se rendre en janvier au grand temple Sabarimala au Kérala.

« – Ils font vœu de chasteté, ils jeûnent et ne se coupent ni ongles ni cheveux ; pour ce

pèlerinage certains engagent toutes leurs économies, c’est une véritable folie collective. Ce

ne sont pas des gens normaux, ils sont superstitieux, un peu sorciers même, malveillants, il

faut s’en méfier. Ils viennent de classes basses. (Elle n’utilisait pas le mot caste ) »

Ce lieu de pèlerinage est hindouiste mais avec un mélange de pratiques ancestrales des

peuples des forêts primitifs, des transes, le culte du feu ajouta telle avec réprobation. Cette

année cette fête coïncidait de plus avec une éclipse.

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Pointe SUD 3 mers