17 déménagements

« Dans le tourbillon de la vie… » Jeanne Moreau

Mes étudiants de 4ème année devant ma maison (de la lectrice), Imagawa, Fukuoka, 1971

Quand je suis revenue…

C’était en 2008 je cherchais ma maison de 1970 à1973 à Fukuoka sur l’ile du Sud du Japon, celle du Kyu Shu. Mes amis m’avaient prévenue : la baie avait été comblée pour construire des appartements, un musée et héberger une Exposition internationale. J’ai erré désorientée. Je suis revenue à « mon » arrêt de tramway pour suivre la rivière Imagawa sur la rive de laquelle donnait ma maison en bois rose. C’est l’arc de gaz qui m’alerta. Il restait une des 3 maisons, celle du lecteur allemand. A la place de la mienne une superbe résidence pour invités de l’université. Troublée, je continuais vers la mer, au lieu de la plage une ville futuriste s’ élevait!

Première maison 1970

Maison préservée du lecteur allemand derrière la résidence

Avec Bachelard je me demande si le plus réel est la maison où on dort, ou celle où on va en rêve.

Patch work, 17 maisons à vivre
Je rêve encore à la maison du Bourg Viel où je suis née un jour de neige. Avec ses deux jardins, ses balustrades, son chenil, sa cage à lapins, son lavoir, son cagibis pour le bois et le charbon en boulets noirs, sa buanderie où bouillait la lessive de Vitaline une fois par mois…Je dormais tête bêche avec mon frère dans la salle à manger, mais nous fumes les premiers du village à avoir non seulement une douche, mais une machine à laver. La télévision est arrivée quand j’étais déjà partie en 1965.

Je ne saurai compter mes maisons, mais la plus marquante est celle de Fukuoka louée par l’Université à la lectrice que j’étais. Immense, sur deux étages, en bois, au bord de la rivière Imagawa ( du moment-rivière) à deux pas de la plage où venaient en Novembre les Sumos. Quand des bruits la nuit me faisaient peur, je me réfugiais sur la petite terrasse au premier. Les étoiles m’apaisaient. Je succédais à un brillant japonologue, auteur du Que sais-je sur le Japon? Michel Vié, accusé de Don Juanisme m’avait avertie le Conseiller Culturel. Quand je suis arrivée, la demeure à l’occidentale était en sale état. Le pire n’était pas cela. Ayant rencontré ce grand homme au profil ascétique, à la mine glabre je ne savais qu’en penser. Ce qui est certain, c’est que j’ai trouvé des sacs à mains de femmes dans deux armoires bloquées et des stocks de photos de femmes nues. Malaise. C’était grâce à son renvoi officiel par contre que j’avais obtenu ce poste de rêve à 20 ans et 7mois..

J’adore retourner dans mes 4 pays le Japon, Israël-Palestine, l’Espagne et l’Italie. Je suis chez moi. Pourtant physiquement j’ai été troublée à Fukuoka. Une baie a été bouchée pour gagner sur la mer. Étrange. l’Afrique c’est différent, cela ne s’est pas bien passé pour moi, cela ne se passe pas bien pour l’Afrique. J’ai été stupéfaite et atterrée de découvrir en 2018 Conakry dans un état de misère bien pire que ce que j’avais connu en RCI ou Haute Volta en 1979-1981

la plage à 6o mètres, avant le polder
Sanctuaire Kyu-Shu, Miyazaki


Attente en recherche d’appartement. futon près de l’autel des défunts chez des amis

A Tel Aviv, je louais un premier appartement à deux pas de la mer à un kiboutznik. Il n’avait pas le droit d’avoir un loyer à son nom aussi je devais payer à son fils…qui me reprit l’appartement 14 mois après. Je l’avais nettoyé et peint tout en blanc. La terrasse débordait de bougainvilliers rouge et rose. Le second typique du Bauhauss était loin de la mer. je ne pouvais plus aller en pyjama me baigner tous les matins hiver inclus de la petite plage encore non réservée aux religieux tout habillés hommes et femmes par jours à tour de röle.

soies dans mon quartier de tissage, Nishijin, Kyoto

Avant -hier en visitant l’exposition du Musée Guimet, je me suis retrouvée face aux maisons de mon quartier de Nishijin à Kyoto caractérisé alors par le rythme des métiers à tisser, un par maison installé sur des pièces en tatamis. Souvent je m’attardais dans les halls où s’exposait et se vendait la soie des obis et des kimonos de cérémonie. Kimonos ornés de fleurs différentes selon la saison (cerisiers et pruniers, pivoines…, alors qu’aujourd’hui les 4 saisons coïncident sur le même vêtement surcharge nuisant à sa féérie.

Près de la petite rivière, des tours métalliques séchaient de longs tissus de toutes couleurs venant d’être teints qui ondulaient au vent

A Barcelone j’ai déménagé 4 fois en 7 ans. J’ai acheté un petit appart avec terrasse dans Gracia, à deux pas de L’Institut où pendant 7ans j’allais travailler à pied…le luxe! Je l’ai vendu stupidement.

IFB de Barcelone, Subirachs. Mon bureau au 7ème

Si à Fukuoka j’eus la chance d’être logée, à Kyoto je découvrais la complexité des contrats: loyer +caution énorme+cadeau. Je m’engageais à ne pas mettre le feu ce que je faillis ne pas respecter: le feu était resté allumé sous mon cube-baignoire en bois un jour..

Autre point délicat l’hygiène. pas que pour nous comme le montrent ces 2 avis destinés aux voyageurs japonais et palestininiens qui se rendent à l’étranger

Conseils aux Japonais ( un autre était alors de ne pas se mettre en caleçon dans le train)
Conseils aux Palestiniens

De l’Hilton(Brésil) au YMCA( Colombo) au dépannage (Iles Célèbes)

Les missions à l’étranger m’ont donné des goûts de luxe. Les universités étrangères nous traitent bien, les Alliances Françaises ou Centres Culturels ont des accords qui font que je me suis retrouvée carrément dans des suites -à Sao Paulo à l’Hilton par exemple avec interdiction de sortir seule par contre, à Vancouver ou à Québec aussi. Les colloques ont parfois des pratiques de luxe comme à Salerne ou Vilnius. Tout est possible entre l’hébergement chez une collègue qui n’aime que les dames à Montréal, une pension à Valparaiso aux viennoiseries chaudes du petit déjeuner, aux hotels où le bruit est tel que j’ai du dormir dans la baignoire (Bilbao)…

Conakry : à travers la moustiquaire

Squatter chez les proches

Un autre de mes plaisirs est de dormir chez mes amis un peu partout. Cela me permet de déambuler dans des villes où j’ai vécu en me sentant chez moi…Ramallah chez Imad, Kyoto chez Naomi, Milan chez Anna, Londres chez Shirley, Tel Aviv chez Alma et Isaak, Barcelone chez Mercedes… Que les autres viennent chez moi à Paris. Je ne suis pas retournée à Abidjan mais le hasard de la vie m’a conduite deux fois à Conakry à loger dans une résidence de militaires où la vieille dame anarchiste que je suis a été bien traitée.

Chez Silvia et Florencio, Nord de Buenos Aires

Un foulard, un livre, mon carnet de dessin, mon ordi et je suis partout chez moi. J’oubliais « mon écureuil », minimum de fruits secs et vivres, un tire-bouchon, un verre à pied, mon Opinel et un torchon-serviette