Ghana, au pays de Jeje Rawlings, 1980

1980

Mots clés : don communication risque

Université d’Accra: meeting

Conduire John à Tamale nous donnerait l’occasion de faire ce voyage convoité Abidjan-Ghana. Du coup, on part. Et puis Tam est sympa, ce Londonien branché des Caraïbes, de la Dominique, designer dans une revue black, peintre, avec son côté Roots… j’ai d’ailleurs cédé à son charme. C’est la première relation depuis ma rupture. Je me sens si fragile. Pas facile, on ne passe pas de l’amour à la haine, il me manque encore… J’ai pourtant franchi le pas. Virginie n’y est pas pour rien. Mon amie la plus proche en ces temps de turbulences a mis son grain de sel, l’air de rien. Elle a poussé pour ce voyage puisque l’université est en vacances : Noël, une fête en Afrique équatoriale, c’est bien connu ! Tam rejoindra des musiciens à Tamale dans la savane, quant à elles, elles continueront leur route dans le break Lada jaune climatisé vers Accra, puis Koumassi.

Un gendarme pas comme les autres

Tam le londonien , « Roots »
Etudiante biafraise et ma Lada

La voiture est bloquée dès la frontière. Je n’ai pas payé la vignette ! Je m’y refuse, car les coopérants blancs qui gagnent plus de dix fois mon salaire pour le même travail, ne la paient pas, eux. Moi, blanche mariée à un Africain, dois la payer. La discussion s’envenime au point qu’un des deux policiers menace de confisquer la voiture. Cela, jamais, nous restons assis dedans. Nous ne la reverrions plus. Nous faisons profil bas, nous nous excusons. Celui qui commande dit qu’il doit « verbaliser ». Pour ce faire, nous recevons l’ordre de remonter avec lui à Abengourou, au Commissariat. Le gendarme à bord: « embedded » à l’envers !.La tuile. Rien à faire, nous obtempérons. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous voilà déviant complètement de notre trajet vers le Nord. On file le long de la longue route en latérite rouge à une seule voie. Elle est dangereuse car des grumiers la dévalent en sens inverse. C’est alors quitte ou double, il faut s’écarter en vitesse. Un chauffeur de grumier ne peut freiner brutalement, il serait décapité. Lors d’une de ces esquives pour laisser le passage, on s’embourbe. Sous les yeux de John, dépassé, nous deux faibles femmes et le représentant de l’autorité glissons devant les roues des palmes pour stabiliser le redémarrage… En chemin, on fait les présentations. L’agent se prénomme Moktar, il est un Diabate, je donne alors mon ancien nom d’épouse, Traoré, un lien entre gens du Nord, les Mandingues. L’histoire de Tam passionne Diabate. Ainsi il est venu pour connaître l’Afrique, comment vit–il à Londres ? Quant à Virginie son statut d’universitaire suffit. On partage des sandwichs et du lemoulouji1 au miel, des mangues. Moktar parle musique aussi avec John, et semble regretter d’arriver… « Déjà », soupire-t-il, au bout de quatre heures.

Détour par Abengourou

Le commissariat est un petit bâtiment ocre, en argile, aux confins de la ville. Désert. Nous attendons dans l’entrée, assis sur un banc pendant que le policier téléphone à son chef. À gauche, dans une pièce, nous regardons un énorme stock d’herbe, de la ganja ?. Leur mentor confirme : « une sai-sie d’im-por-tan-ce ». Que va devenir cette herbe sur laquelle John et Virginie lorgnent ?
Pendant le trajet, Moktar leur a dit que, réflexion faite, leur délit pouvait être envisagé de différentes façons et qu’on pourrait arranger cela. Au fond, c’est vrai ce n’est pas normal du tout que les coopérants qui reçoivent de si hauts salaires ne paient pas, eux, de vignettes. Le « patron », ajouta-t-il, se référant à Houphouët-Boigny, est toujours trop complaisant avec les Blancs… « Pourtant il ne rit pas lui, quand il a un ennemi contre lui, il l’achève. Il peut même les donner à bouffer à ses crocodiles ».

Les trois compères dressent l’oreille en entendant des bruits de manipulation de téléphone. Moktar parle avec son chef :

« Oui ils sont ici et je vais dresser un procès-verbal. »

« Non, ils ont obtempéré avec courtoisie. Ce sont des gens bien éduqués. »

« D’accord chef, je propose une solution raisonnée. »

« Bien chef, je leur dis de ne pas récidiver. »

Peu à peu le fou rire s’empare des trois amis qui, des yeux, se disent que Moktar fait les demandes et les réponses sans interlocuteur…

Quand il revient, il adopte un air martial :

« Mes amis je crois que j’ai une bonne nouvelle. Le chef pense que vous pouvez continuer votre voyage malgré l’infraction. Vous ne nuisez pas à la communauté. Vous réglerez cela à votre retour.

– Vous avez besoin de mon permis, de la carte grise ?

– Vous n’avez pas compris, vous êtes habilités à poursuivre votre voyage !

– Bon, alors on y va !

– Attendez, vous devez me remmener. »

Après un détour dans la concession de Moktar où nous descendons saluer sa famille et partageons la calebasse de nono kumu2, on repart et ne franchit la frontière que tard le soir. Notre compagnon nous salue comme de grands amis. Nous aussi : nous lui devons une fière chandelle, même si nous avons perdu plus de huit heures. Et pas un sou, les paroles comptent bien plus.

Magasins vides, pistes défoncées

Nous parvenons épuisés à Tamale, après des discussions tendues pour savoir si rouler de nuit ou pas. Je ne suis pas du tout pressée de quitter Tam qui lui aussi aurait bien envie de voyager avec nous. Seulement il s’est engagé. De sa participation financière dépend l’aventure du groupe de musiciens qu’il rejoint. Il regrette de s’être ainsi lié…

Etape, vin de palme
Le mouloudji: gingembre avec miel ou piment

Virginie et moi repartons vers le Sud, laissant John passablement paniqué de se retrouver seul. Les routes se font de plus en plus rudimentaires. Arrivées à un hôtel, nous demandons des chambres avec salle de bains. Désir exaucé : un employé arrive avec un broc d’eau. L’eau est coupée. Au restaurant, alors que nous demandons ironiquement, s’il y a du vin à la carte, on se voit proposer un excellent cru de Bordeaux, à un prix modique… Le lendemain, nous découvrons à quel point les rayons des magasins sont vides. C’est sidérant et inquiétant. Ce n’est pas pour rien que les étudiants de Virginie avaient essayé de les dissuader d’aller au Ghana : ils avaient honte car on n’y trouvait plus rien. Heureusement, nous avons ont, sur leurs conseils, apporté du savon, de la farine, du sucre. Le soir à la discothèque, Virginie sympathise avec un ingénieur qui avait fait ses études en URSS. Il passe le lendemain à leur hôtel pour leur proposer de nous montrer la région et d’aller chez des tisserands.

La Volta

Nous reprenons le cap sur Accra en suivant d’abord les affluents de la Volta Blanche. Le plaisir de découvrir ces paysages de savanes est entamé par l’exigence de vigilance. Les routes sont complètement défoncées et en chantier, ponctuées d’engins made in URSS. Puis soudain, le sort s’acharne, nous recevons, de trois gendarmes, l’ordre de nous arrêter. Le plus gradé donne l’injonction de prendre à bord un policier armé pour le conduire à Accra. C’est une manie! Celui-ci est ravi. Nous beaucoup moins, à la fois cela doit représenter une forme de sécurité  ?
Homme d’une quarantaine d’années, réfléchi, il commente les transformations politiques avec flegme. Il regrette N.Kruma… Oui, Rawlings a de l’allure mais il a fait l’erreur de redonner le pouvoir aux civils. Tout recommence, la corruption, les grands qui mangent les petits. Je ne sais plus où est la route, tellement des tranchées cisaillent une surface faite de rocs déchiquetés et de cailloux. On se croirait dans une carrière. J’ai mal aux bras à tenir le volant, mais ne dis rien. Il nous recommande un hôtel sur leur route, le Pacific Hostel. Les fonctionnaires y descendent, très propre. Il arrive à destination quelques kilomètres avant la ville. Il s’éloigne avec son cartable en les saluant militairement. Bientôt, nous voyions un panneau Ocean Hostel et nous y installons.

Noël chez les dames de petite vertu

Je veux défaire ma coiffure de tresses. Une myriade de petites nattes avec des cauris qu’on m’avait faites sur le marché de Cocody. Je m’installe dehors à l’ombre d’un manguier. Plusieurs jeunes femmes expansives, curieuses aussi, en pagne, surgissent et m’aident… Nous réalisons au bout de quelques heures qui sont ces femmes et pourquoi il y a dans leur chambre, et partout, des néons de couleurs criardes. Pourquoi à l’accueil on leur a demandé si elles étaient sûres de vouloir dormir ici. Nous sommes tombées dans un bordel ! Nous délibérons, épuisées par la fatigue de la route. La nuit est tombée, c’est la nuit de Noël, il vaut mieux rester. Si j’ai envie de décamper, Virginie me raisonne. Nous allons au bar d’abord, voir ce qu’il se passe et aviserons. Il y règne une ambiance très bon enfant. Des couples élégants dansent amoureusement, des familles entières arrivent, des dames s’asseyent aux tables des messieurs et souvent ils dansent. Un vieil homme édenté s’approche de nous et ouvre un chiffon dans lequel brillent trois gros lingots d’or qu’il cherche à nous vendre… Nous discutons avec un jeune couple accompagné de leur fille de quatre ans ; ils nous la confient pendant qu’ils dansent. Un homme assez fringant invite Virginie à danser. Elle accepte sous mon regard courroucé et lourd de reproches. Il nous prend pour qui ?
Le temps passe et minuit sonne tandis que le chant de Silent night résonne. Virginie danse encore et je décide d’aller me coucher.

À 5 heures du matin, je me réveille et allume le néon mauve. Horreur, Virginie n’est pas rentrée. Catastrophée, j’imagine le pire. Je peste. Quelle idée elle a eu de s’amouracher d’un gars dans un lieu pareil ! Que faire ? Impossible de me concentrer et de lire. Bon, je prépare déjà ma valise pour déguerpir au plus vite. C’est alors que j’ entends un pas, puis, la porte s’ouvre légèrement sur une Virginie désinvolte :

« Tiens, tu ne dors pas ? »

J’éclate en l’insultant et faisant miroiter son manque total de responsabilité :

« Arrête, j’ai passé un très bon moment avec un type superbe. C’est vrai, j’aurais dû te demander la permission ! »

Nous éclatons de rire puis Virginie lance :

« Bon tu as raison, on met les voiles ».

Nous partons sur les chapeaux de roue. Je commente :

« Heureusement que Tam n’était pas avec nous, il aurait été fou de se voir dans un endroit pareil !

– Oh il n’y a pas de quoi être fière, on ferait mieux de rester discrètes… »

Nous rions à nouveau.  

« En fait, je crois que le Ghana c’est comme la Côte d’Ivoire, c’est plus dangereux pour un homme que pour une femme.»

Je peux me me baigner ?

Le lendemain, à Accra, nous retrouvons Jeremy, un copain journaliste qui propose d’assister à un meeting à son université avec J.J. Jerry Rawlings . Nous sommes toutes heureuses car il est, pour nous un héros. Après un coup d’état pour nettoyer son pays de la corruption en 1979, ce militaire colonel de l’aviation, écossais par son père, prince ghanéen par sa mère, a organisé des élections et rendu le pouvoir aux civils. Le président actuel est Limann. Le campus a une architecture chinoise surprenante, mais qui s’accorde bien avec les manguiers, les lauriers roses et d’autres arbres puissants comme les banians. Étudiants enthousiastes et animés, filles en boubous aux cheveux souvent défrisés, hommes en Kanté jean, se pressent de tous côtés à l’ombre des arbres. Tous attendent debout dans une chaleur implacable. J.J. arrive sous les applaudissements en jean et veste militaire, lunettes de soleil, beau gosse, décontracté. Il se hisse sur une sorte d’estrade, en équilibre il prend le micro et exhorte son public. Quel avenir pour notre pays ? Que voulons-nous ? Des noms reviennent : N.krumah, Lumumba, Mandela… L’Afrique bouge. C’est rassurant à la différence de la Côte d’Ivoire. Jeremy est moins optimiste, le gouvernement retombe dans les erreurs du passé. Cette fois-ci, si l’armée reprend le pouvoir, elle ne le lâchera plus.

Le soir venu, nous nous rendons, sous les recommandations de Jeremy, au Desert. Il est tenu par des femmes russes, divorcées. Elles sont arrivées à l’époque de N.krumah en tant qu’épouses de ghanéens qui étudiaient en URSS. Nous passons une soirée géniale à danser.

***

Bal de réveillon : des danseuses intéressées

Plus d’essence. La situation est sérieuse, il devient impératif d’ en trouver à Koumassi, l’ étape suivante. Or, elle ne se vend qu’au marché noir(!). Notre hôtel est très confortable, et à l’arrivée le réceptionniste explique qu’elles sont invitées à la réception du soir. Nous sommes, nous l’avions oublié, au regard de notre inquiétude, le soir du réveillon du jour de l’an. Au fond, c’est une chance, nous rencontrerons bien quelqu’un pour nous dépanner. Nous nous faisons belles. Et nous nous apprêtons à vivre le bal le plus bizarre de notre vie… Il s’agit de choisir nos cavaliers en fonction d’un indice : sont-ils susceptibles de savoir où trouver de l’essence ? La musique est très hétérogène, de Fela Kuti à des morceaux classiques. Nous dansons tout, avec un maximum d’hommes différents. Soudain Virginie fait un signe. Virginie fait les présentations. Son cavalier est un grand homme trapu d’une cinquantaine années, à la peau marquée de cicatrices rituelles, en costume blanc brodé et au visage bienveillant. Ils gagnent une table à l’écart de la piste et discutent. Je sens qu’il faut gagner les faveurs de ce colosse. On parle des Agni, de Tamale, du Royaume Uni ; il aime Bristol, oui je connais cette ville, qu’y faisait-il ?

Comme la foule se disperse, il sort un papier et note un plan :

« Voici où vous pouvez passer me chercher demain, demandez sur cette place le Commandant »

Drôles d’ ogres

La nuit est brève. Nous sommes sur un nuage, hilares. Le Commandant a promis de leur présenter un Suisse qui leur vendrait de l’essence à un prix réglo. Il y a des soulagements qui sont indescriptibles, aussi avons-nous du mal à trouver le sommeil. Nous mimons les réactions éberluées de nos cavaliers, petits ou gros, blancs ou noirs, quand nous développions des stratégies pour détourner la conversation sur l’approvisionnement en essence : un romantisme inénarrable.

À sept heures du matin, le premier janvier, nous roulons vers la place indiquée où, à peine arrivées, le commandant surgit.

« Attendez-moi, je prends ma moto, vous me suivez.

– Sa moto, mais où veut-il nous emmener ? 

– Chez son copain Suisse, c’est ce qu’il a dit.

– Mais c’est où ?

– Très bonne question… »

Oui, mais, trop tard : il fallait la lui poser avant. Déjà il arrive, puissant, sous son casque noir. Conduire ici c’est déjà sportif. Suivre une moto, cela tourne à l’exploit. Et puis, cette moto fait un bruit assourdissant et je n’entends rien aux indications qu’il hurle en se retournant. La route quitte la ville vers le Nord et la piste, large au demeurant, s’enfonce progressivement dans des zones de cultures et d’arbres de plus en plus hauts et denses. La forêt vierge.

« Il nous emmène où ? dit Virginie, soudain anxieuse.

– On n’a pas le choix… Il n’a pas une tête de tueur ! »

Nous roulons dans une forêt qui devient de plus en plus touffue, opaque et on entend les bruits et les cris aigus d’oiseaux ou de singes.

« C’est une visite touristique, tu n’as pas compris », dis-je en faisant un grand geste au motocycliste qui s’arrête.

« Eh, c’est encore loin ?

– Dix minutes, ne vous inquiétez pas. »

Nous parvenons à des barrières en bois et le suivons. Il ouvre un porche en bois. C’est une belle propriété où la piste continue vers la droite derrière une grande maison blanche à un étage. Nous nous garons devant. Un géant blond sort de la maison. Il salue et se présente, il n’est pas Suisse, mais Belge, les cheveux assez longs, habillé d’une tunique locale beige qui lui arrive à mi-cuisses. Peu seyant. Il nous fait entrer. On se retrouve dans un salon aux fauteuils profonds et confortables un peu vieillot. Pas de photos.

« Je ne m’attendais pas à de la visite matinale un premier janvier.  Mais c’est un plaisir. Vous buvez du café ? Il vient d’ici. »

« Adja, peux-tu apporter du café s’il te plait. Que puis-je pour vous mesdames ? Ou mesdemoiselles ? »

Nous nous apprêtons à lui répondre quand le commandant intervient :

« Ces dames doivent rentrer en Côte d’Ivoire et n’ont pas d’essence. Je leur ai promis que tu leur en vendrais. »

L’homme acquiesce, tire sa pipe d’une poche et la bourre. Il nous pose quelques questions. Il aimerait nous garder ici quelque temps et peut organiser une visite. Il exporte du bois. Il a des équipes de bûcherons. Ses grumiers sillonnent les forêts pour expédier toutes sortes de bois en Europe. Poliment, nous déclinons son invitation… Elles sont dans l’obligation de rentrer aujourd’hui, les cours reprennent à l’université.

Notre ogre forestier

Il fait apporter par « Adja », femme sensuelle d’une quarantaine d’année, souriante et vive, des laitages, des fruits et, miracle, une brioche somptueuse :

« Avant de prendre la route, prenez au moins un petit déjeuner ».

Nous acceptons de bon cœur. Il parle de lui, de sa famille près de Nivelles, du Ghana où il vit depuis l’âge de 20 ans… « Je ne suis plus capable de vivre en Europe »

Puis nous sortons enfin de cette maison… « Il fait un peu ogre ce monsieur » glisse Virginie mais la brioche succulente nous a désarmé. Déjà il nous rejoint dehors et indique comment passer derrière à la pompe à essence. Nous découvrons plusieurs grumiers garés sur le côté. Il sert lui-même l’essence et refuse avec classe tout paiement.

« Au fond ton ogre est un bon nounouss ! », dit Virginie

« C’est vrai que pour ce qui est des hommes, tu as toujours été psychologue… 

– Oh ne dis rien, pour Tam j’avais raison, c’est un type adorable, non ?

– Oui, mais déjà envolé… »

« Quoi ? Après ton histoire tu ne penses pas quand même recommencer ! »

La place à donner à un homme dans la vie… Sujet qui alimente une de fois de plus notre conversation et notre complicité sur des kilomètres.  

Tam en tenue kente, retour aux racines ?

*****Rebelotte avec la Lada

La Lada jaune est garée sur la berge, devant le poste de douane, en lisière de forêt, depuis déjà quatre heures. Nous sommes assises dedans, décidées à ne pas la quitter. Les douaniers veulent la confisquer. La vignette, rebelote. Il est 17 heures, la nuit va tomber et nous commençons à nous inquiéter car on ne voit pas d’issue. Un peu comme Dame Carcasse, nous avons tenté de rompre le cercle vicieux en proposant discrètement dans le passeport un gros billet. La réaction a été vive :

« Vous feriez cela chez vous ?  J’ai fait mes classes au bataillon de Joinville moi. Vous savez que vous n’avez pas le droit de corrompre un fonctionnaire, cela peut vous coûter cher. »

Je me suis sentie penaude.

Les cours reprennent demain et plusieurs taxis brousse passent, puis des bus avec des étudiants ghanéens retournant à l’université d’Abidjan. Soudain une voix sort d’un bus :

« Madame, c’est moi, David Mensah ! »

Trois jeunes hommes, étudiants en histoire, descendent et se dirigent vers nous, inquiets.

« Que se passe–t-il ? »

Nous leur racontons que les policiers veulent confisquer la voiture et nous faire rentrer en bus car il nous manque une vignette. À leur tour, ils vont voir l’officier pour intercéder. Ils connaissent ces dames, elles travaillent pour le gouvernement ivoirien. Rien n’y fait. Ils repartent, à regret visiblement soucieux. Le soleil descend sur les cocotiers. Des cris d’animaux se font plus aigus. L’anxiété s’empare de nous. Je m’en veux d’avoir entraîné Virginie. Cela peut mal tourner.

Le soleil disparaît d’un coup laissant place à une nuit noire, effrayante. 300 kilomètres d’ici à Abidjan. Pas de téléphone. Quand tout à coup je vois dans mon rétroviseur droit le gradé s’approcher :

« Vous vouliez me donner quelque chose tout à l’heure ? Bon, d’accord, allez-y, mais partez vite, parce que vous savez la relève arrive et ce ne sont pas des enfants de chœur… »

Je tends le billet et mets le moteur en marche. Je démarre comme dans un film policier.

En arrivant à Abidjan, je trouve sur son répondeur un message de Kouassi, mon chef de département. David l’a averti.

2 Lait caillé avec du millet

Danse le samedi soir dans Treichville