le pétrole une manne? Bakou 2009

Dans le rétroviseur les monts du Caucase s’enfoncent dans la brume dans le rétroviseur.

D’un air prometteur, mon accompagnateur azéri (j’avais prolongé sa mission de l’Ambassade et la mienne à mon compte après mes interventions à l’Université de Gandja pour faire du tourisme avec lui comme chauffeur et guide) me propose un détour, « une surprise ». J’ai encore du mal à digérer les propos de haine à l’égard de l' »ennemi » tant du coté arménien que du coté azéri.

marché

Un chemin de terre cahoteux, des murailles en ruine, nous descendons sur une prairie parsemée de buttes, de pierres, de crevasses. Ugur me fait signe de le suivre. Je reste sans parole.

Un squelette humain blanc éclatant, puis un autre apparaissent au milieu de morceaux de céramiques, de poteries et d’outils . Le vent souffle. Les pluies ici sont torrentielles, elles ont creusé la terre couleur de boue, de rouille, de calcaire. Quels individus ont offert ainsi les ossements nus aux vicissitudes de la nature, des animaux et des pilleurs. Troublée, je me recueille devant ces ancêtres ; j’avance fascinée par ce que je découvre, des os, des cranes, d’autres squelettes encore et encore. Je ressens un malaise devant ma curiosité car je ne devrais pas voir cela. Ugur ne se comporte pas en voyeur, il me parle à voix basse à la mesure d’un site sacré. J’hésite à prendre des photos, Ugur le voit et m’autorise d’un coup d’œil.

«- Des fouilles archéologiques sur ces parcelles ont été interrompues par manque d’argent. Au lieu de protéger ces découvertes d’une grande valeur historique, du jour au lendemain les gens ont abandonné le chantier. D’autres l’ont pillé.Au début il y avait un gardien et les fouilles étaient recouverts de terre mais vous voyez avec les averses l’eau a dévalé. De père en fils nous sommes gouvernés par des nains. »

Nous repartons en silence. J’éprouve le besoin de le remercier et de lui faire part de mon indignation devant le manque de respect des morts dont on a plus que violé la sépulture. Déclic. Cet homme d’une trentaine d’années, sur la retenue jusque-là, se met à parler en confiance. Répressions , misère, ravages dus aux milliers de puits de pétrole. La nuit suivante, il me conduit à l’Observatoire d’astronomie de Shamakhy. Déception, c’est fermé. L’abri qui fait fonction d ‘auberge aussi. Nous échouons dans un bouge qui pue le bétail. Ugu se confond en excuses et moi en crise de fou rire lorsque je le vois disputer à une vache son sac à dos posé au sol. Nous reprenons nos échanges. Il me montre la photo de sa femme et des enfants.

sauvés Ugur a acheté 5kg de noisettes au marché

Le retour est trop rapide maintenant que nous échangeons. Il parle beaucoup des événements de 2003, des proches de lui manifestants pourchassés chez eux, arrêtés , torturés ou disparus. Le fils autocrate comme son père.

ma conférence sous l’œil des Alyiev père et fils

Je prends l’avion ce soir même. Arrêt à mon hotel pour les bagages. Un dernier regard sur mon hotel a vue sur une Tour de silence qui garde son mystère : cet attrait pour le soleil, le ciel, cette brutalité d’un rituel où les vautours dépècent les cadavres. J’ai aimé cet hôtel où m’avait précédé dans la m^me chambre …payé pour écrire quelquechose sur Bakou. Je suis jalouse.

Il y a quelques jours l’Attaché Culturel m’avait emmené au temple Parsi en argile ocre où le feu brûle en permanence, adoré des fidèles en pèlerinage. L’Azerbaïdjan et l’Iran se disputent l’origine de la religion de Zarathoustra. Quoiqu’il en soit les Parsis expulsés se sont réfugiés en Inde au Gudjarat,où j’ai admiré leurs maisons. Au soleil couchant sur les collines nous sommes parvenus au point le plus oriental où s’étaient arrêtés les Romains devant la Mer Caspienne.

Une terre ravagée,

Dans l’avion je repasse dans ma tête ce séjour. Quel gâchis …Nous avions continué le long de la Mer Caspienne quand une jeep militaire nous avait ordonné demi-tour. Zone interdite depuis qu’un reporter étranger avait publié un article sur le cimetière où la proportion d’enfants (plus de 80%)pose question : le sol est empoisonné par le pétrole. La présence » de l’U.R.S.S.

Temple de Zoroastre