Grace à un jury de thèse à Bogota, avec JL deux mois en Colombie.


Jorge le grand du hi hop
Jorge énonçait avec enthousiasme des noms : Caballero, Nekfeu, Kery James, TSR Crew, Lomepal et notre confusion augmentait. Nous ne connaissions aucun des rappeurs français qui étaient ses idoles, les meilleurs du monde !. J’avais une sorte de honte. D’habitude j’avais ce sentiment face à des étrangers qui évoquaient leurs célébrités japonaises, coréennes dont j’ignorais jusqu’au nom. J’étais stupéfaite de découvrir tout le savoir de ce jeune inconnu, fort et fragile, casquette déposée à l’arrière du crane, dont le regard fixé sur un ailleurs disait la gravité. J’avais peur je le reconnais que sa déception modifie son accueil chaleureux quand Ester nous avait présentés tous les deux« français et elle, parle espagnol ».
Je lui demandais comment il les avait découverts.

Ses yeux s’allumèrent.
Il était encore gamin. Tous ses potes avaient des armes et se faisaient du fric en acceptant des « contrats » les enfants « sicaires » j’avais lu cela en préparant mon voyage. Ils étaient instrumentalisés par les narcos mais aussi les paramilitaires. Une cible c’était 20 euro plus ou moins. Lui, un copain lui a rapporté une cassette car il aimait la musique. Pendant plus de 5 mois il a enragé, impossible de se procurer un lecteur. Il savait qu’il avait un trésor. Quand enfin il put l’écouter, c’était magique, un éblouissement. Il ne pensait pas que quelque chose d’aussi merveilleux existait. Il se mit à l’écouter jour et nuit et à chanter pour lui, à composer oui. C »est comme si il oubliait les cauchemars qu’il faisait depuis l’opération Orion de 2002. Ester le coupa pour nous débriefer. L’assaut militaire de ce quartier, les hélicoptères, la force militaire plus de 1500 soldats armés, une tragédie. Le père de Jorge assassiné. Tous les habitants étaient considérés comme des ennemis, le sang avait coulé. Des morts, des disparus. Un traumatisme pour tout ce quartier.
Ester ex-institutrice de la comuna 13
Nous avions rencontré Esther par chance. LeGuide du Routard donnait une adresse d’un Youth Hostel -boutique solidaire où contacter des personnes qui pouvaient faire connaître des dispositifs pour les jeunes du quartier de la Comuna 13. « Désolés, nous ne faisons plus ce service ». Une jeune femme qui avait écouté, s’approcha de moi, m’interrogea sur mes raisons d’aller la-bas. Je lui parlais de réhabilitation de quartiers et de programmes socio-éducatifs pionniers, de mon travail avec des hors castes japonais…Elle se présenta. Institutrice, elle avait enseigné 5 ans à la Comuna 13 et nous proposa de nous y accompagner et de rencontrer Jorge responsable de la Maison du Hi-Hop, graff, rap, break dance…nous pourrions aussi y déjeuner.
Le lendemain, Ester insista pour commencer par faire un aller-retour en télésiège au-dessus des collines où se multipliaient les constructions allant du plus précaire, une tole mal arrimée à des maisonnettes en parpaings aux couleurs les plus vives. Les bidonvilles de Medellin. Nous survolames donc ces maisons mal accrochées aux pentes d’argile rouge aux taches vertes. Dans la cabine une élégante me fascina : elle se maquillait. Une famille elle faisait découvrir aux enfants les joies du survol. Ester expliquait comment les paysans continuaient à rejoindre la ville et s’ajoutaient aux déplacés victimes des Farc d’une part, des militaires de l’autre ou encore des narcos.Une noria infinie.


Des « sicaires » aux champions de Hi-hop
Jorge nous fait faire un parcours dans son quartier. Il fait remarquer les carences sur tous les plans eau, électricité, égouts, failles, murs menaçants « nous ne sommes pas des humains, il n’y a pas de moyen de transport…eh oui pas de rue à proprement parler, des ruelles, de petits escaliers reliant les demeures dans un lacis inextricable. » Aucune place pour un voiture, ni un camion.Chaque bande contrôlait son « territoire », pas pour la drogue non pour tout. Les limites étaient intériorisées. Le jour cela allait mais de nuit il ne fallait pas s’aventurer hors de chez soi. Il ajoute « vous ne pouvez venir ici seuls , même de jour, promis vale)?»Passant devant le cimetière il trace le signe de croix. Je lui demande éberluée pourquoi des barbelés au dessus des clôtures prête à faire du mauvais humour. Non seulement un gang tue l’adversaire mais il profanera sa tombe et son cadavre. Oui, ils étaient catho, ce qui comptait était la Vierge.

De retour à leur foyer de jeunes, il nous fait voir leur programme d’activité. Ils avaient gagné un concours leur donnant droit à du matériel pour graffer des surfaces.La break dance marchait bien. Les plus petits adoraient se lancer dans des figures de fous comme les photos le prouvaient. Ils avaient une reconnaissance dans toutes les branches du hi hop et même eu des déplacements dans Medellin et jusqu’à Cartagena. Faut sortir du destin.Son rêve à lui c’est de parvenir à sortir un enregistrement. ll y a quelques mois ils allaient monter leur studio avec des gars bien de la Mairie mais des ennemis les avait détruits. Ils y arriveraient nous dit il avec un grand sourire confiant qui éclaire son visage très mur. Il est l’heure de déjeuner et comme promis nous revenons chez sa tante vraie ou supposée,arepa, boudin , pommes de terre ridées comme aux Canaries…Une somme pour la cagnotte du centre, un petit cachet à Ester que nous revoyons plus tard. J’ai cherché des contacts pour des échanges en Maison de jeunes à Courbevoie et Roubaix pour Jorge… Je me sens en dettes par rapport à Jorge.


Colombie, pays neuf
Comme les pays neufs où je suis passée, Israël, la Chine, New York j’ai ressenti une énergie vitale ici, les personnes vivent à 150 à l’heure. Proximité avec la mort pour la Colombie ou Israël ? Medellin dégage une force vitale dans sa géographie même, les arbres poussent encore entre les maisons et les immeubles où nous logeons, les personnes âgées sont rares. Un bémol les statues de Botero partout alors que notre étape dans un village de potiers avait révélé une tradition de céramique précieuse.



Arrivée à Bogota pour un jury de thèse de doctorat en espagnol j’avais eu peu de temps pour enrichir des références qui se bornaient au grand Garcia Marquez et…Escobar ou encore aux Farc et Bettencourt ! Le livre de L’oubli que nous serons [« El Olvido que seremos » de Héctor Abad Faciolince https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ctor_Abad_Faciolince assassiné à Medellin m’a accompagnée en route.https://fr.wikipedia.org/wiki/Ciro_Guerra
Depuis je suis fascinée par le cinéaste Ciro Guerra à cause des deux films de lui que j’ai vus Les Oiseaux de passage (Pájaros de verano) et L’Étreinte du serpent (El abrazo de la serpiente) était consacré à l’ Amazone et ses mystères.qui évoquent les communautés indiennes.

L’épouse d’un de mes collègues m’avait parlé de son frère coopérant qui avait été soigné par des Indiens Kogis et luttait pour leurs terres. A Carthagène, dans la rue nous assistions à un mariage ultra chic. Un indien Kogi près de nous regardait comme nous. Nous l’avons invité à boire un jus d’orange. Il arrivait pour suivre des études d’assistant-médical. Nous lui avons donné rendez vous le lendemain mais il n’est pas venu.




J’aurais voulu rester davantage à la ville au premier pont sur le mythique fleuve Magdalena, Nous n’avons pas réussi non plus à nous rendre au palenque de San Basilio, ville des Afro-Colombiens qui s’étaient enfuis depuis le 16ème. Nous avons attendus en vain un bus. Il fallait y aller à dos de moto. Cela m’a fait peur
Sentiment qu’il faut retourner dans ce pays immense.






