

dieux et déesses 1/3
J’avais cédé à mon étudiante : vous allez trois mois en Indes, allez chez mes parents, vous passez pas loin de Bangalore de Mumbay à Chennai, ils vous attendent ».

Je suis donc chez Pryanka « bien aimée » en tulu ou en Kanada ( langue et écriture du Karnakata dont Bangalore est la capitale) surnommée « fée » par son père à la belle barbe frisée blanche et au crane chauve bronzé, pédiatre. Sa mère est gynécologue et obstétricienne, belle femme née au Kenya, fille de mécanicien me dira-t-elle en me voyant la découvrir devant un placard perceuse en mains; elle est venue seule à 18 ans en bateau de Monbasa pour faire ses études de médecine. Le frère Seevak, étudiant en chirurgie et urologie, sa femme au beau visage rond très sereine m’ont accueillie avec chaleur et naturel, je me suis sentie vite de la maison. Très belle et vaste maison dans une résidence de 6 appartements, Bangalore me fait penser un peu à Fukuoka, c’est plus riche et organisé que Bombay.
Dès mon arrivée je m’étonne du portrait énorme au centre du salon d’un homme aux cheveux frisés, au visage un peu lourd. Un rocker, un acteur ? j’observe le haut de ses épaules nues. Ses yeux me fixent. Bien plus, ils me suivent de façon inquiétante du regard de gauche à droite!! Dans le salon des psaumes hindouistes répétitifs se répètent en permanence.

La mère m’annonce contre toute attente que mon étudiante arrivera le lendemain. La chambre de P vaste est dotée d’un lit immensément large
– « Cela ne te gêne pas que je dorme aussi ici, ma mère pense que je devrais dormir ailleurs ?» . Nous rions de la situation : qui aurait imaginé cela lorsqu’elle était dans mon master 2 à Lille. Très vite, je sens le double rythme de la maison, deux employées en sari somptueux, sans tablier font l’une le ménage, l’autre la cuisine avec lenteur ..il y a aussi le chauffeur venu du Kerala- je retrouve le mode de vie privilégié des expat.. C’est quand même un luxe de s’assoir à table le repas prêt, de déposer son linge sale pour le retrouver frais repassé. Le gardien à la porte est là prêt à aider.
Mais la médecine impose de travailler à un rythme élevé, les téléphones portables de mes hôtes n’arrêtent pas de sonner à table, au salon et en voiture. Le père se lève à 5h le matin pour retrouver des amis avec qu’ils font du sport ou de la méditation ou les deux, ils ouvrent leurs consultations tous les deux à 8h et n’ont pas de jour de congé hors du samedi. La maman est très attentive observatrice et vive, toute en finesse avec sa fille pour désamorcer une tension latente dans leurs rapports. Le père est rayonnant de sagesse, de gentillesse et souriant. P est un rayon de soleil et tous se réjouissent de sa présence, elle s’est mariée à Bangalore il y a juste un an avec E., français de Maubeuge. Elle me rappelle qu’elle a elle la nationalité anglaise car elle est née au Royaume -Uni où ses parent ont vécu 7 ans pour étudier leurs spécialités. Elle avait 4 ans à son retour à Bangalore. Eux se sont mariés contre le gré de leurs familles, lui étant de caste d’origine guerrière.
Étonnement : l’homme du portrait est Swami que la famille honore comme son dieu. Les parents en plus de leur consultation travaillent dans l’hoptial qui lui appartient. Stupeur et malaise à l’étage supérieur de la maison, je découvre d’autres portraits de lui, dans le temple aussi avec différentes statues. Swami est le gourou de leur famille.
Est-ce que je veux les accompagner le lendemain à une cérémonie au Nord dans sa ville car il reçoit les médecins. Exceptionnellement ils peuvent me faire inviter même si je ne serai pas complètement avec eux lors des deux cérémonies auxquelles il apparaitra peut -être espèrent ils.. Sans comprendre tout à fait ce qui m’arrive j’accepte l’invitation. J‘avais vu des reportages sur l‘idolâtrie qu‘il suscitait, un espèce de mage aux cheveux ultrafrisés en couronne et en longue chemise orange. Il y a des dieux à foison dans ce pays, nous nous avons nos saints.

Je devrai porter un sari, P.aussi. Après de longues heures de voiture, nous arrivons à Puttaparthi ville du Swami, dans l’Andhra Pradesh où nous sommes dirigés vers un hall monumental. La famille est reçue à part et je me retrouve seule dans la foule, assise au sol, fascinée par la beauté des saris. Je ne vois pas le temps passer légèrement anesthésiée par les airs monotones sans cesse repris.
A la pause de midi, la mère m’emmène visiter le Musée. Elle est fan. Sadi babai a fait un musée à sa gloire où il se représente en Christ, en Mahomet, en Krinah et me fait penser au Prophète Albert Atcho à qui j’avais rendu visite à Bregbo en Cote d’Ivoire. Il y a une crèche avec de la fausse neige, des totems croulants sous les symboles étoile de David, compas, croix.. Je n’ai jamais vu un tel éclectisme, syncrétisme. Il se pose en incarnation d’un homme dieu Shridi Sai Baba dont il est l’avatar. Plusieurs salles sont consacrés à ses bonnes œuvres, eau potable, logements, écoles. C ‘est impressionnant. Ce type est fou. Mon mentor est soucieuse, la santé du maitre est mauvaise il mourra en 2011), nous ne sommes pas sures de recevoir sa bénédiction.

J’ai regagné ma place depuis plusieurs heures quand un frémissement s’empare de la foule. Sai Sathya Babal va arriver, il est là. La ferveur de la foule me trouble, les femmes lèvent les mains en prière. Dans l’allée en pente, à 2 m de moi, trois personnes le poussent presque allongé dans un fauteuil,maigre, âgé. Il bénit. Le public répète des paroles sacrées. Des dévots s’approchent pour glisser des billets.




Tous les Indiens ont une appartenance à des divinités et à un un temple m’explique-t-on au retour. Ils me font l’éloge de ce bienfaiteur qui a créé des hôpitaux et des universités. Pourtant je comprends mal l’emprise qu’il exerce sur cette famille. ni la dévotion en général. Les visites aux Temples et les rituels gardent une place dans la vie. Ces dernières années l’instrumentalisation nationaliste de l’hindouisme est inquiétante.






