Morderai VANUNU, Jérusalem-Est

MOT Cle Risque / justice/lanceur-d-alerte
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mordechai_Vanunu
Courrier International ISRAËL. Vanunu : libération de l’homme qui révéla la bombe
Rencontre au petit déjeuner à Jérusalem-Est
C’était en 2007, lors d’un de mes séjours fréquents en Palestine dus au projet européen de Formation à Distance dans 5 universités (Open U, El Aksa, Bir Zeit, Hébron, Naplouse). Je logeais à Jérusalem Est ( côté palestinien en principe), au Saint Georges Pilgrim Guest House dont j’aimais l’atmosphère contemplative, et les chambres voûtées en pierre de taille et le jardin … Le matin, je prenais mon petit déjeuner au réfectoire, table souvent agrémentée de l’arrivée de gros, gras prélats couleur framboise qui sortaient de célébrer un office. Ce jour-là, un homme en civil s’assit face à moi, il cherchait dans quelle langue s’adresser à moi.

Il connaissait bien le français,première révélation, « appris en prison ». Je regardais cet homme chauve, la cinquantaine aux grands yeux noirs. Le lendemain, il revint vers moi et se lança dans des précisions sur son enlèvement par le Mossad en Italie à cause des Français. Bien. Je le soupçonnais d’être un peu délirant et entrais dans son jeu. Oui, il ne s’était pas méfié, une femme très belle bien sûr. Il était interdit de séjour en Israël et vivait ici, à Jérusalem-Est…
Amusée, je confiais cette rencontre du petit déjeuner à un grand ami israélien qui me coupa :
« Arrête ! Tu sais qui c’est ? C’est Vanunu Mordechai, un grand homme pour qui j’ai du respect. Ils l’ont mis en prison comme un malpropre. 18 ans, je crois, de prison, et interdit de séjour, une honte. Il voulait dénoncer une des pires folies d’Israël. Tu connais l’histoire de Samson et Dalila. Eh bien, les Israéliens ont la bombe atomique, carrément ! si elle explose, tout Israël sera anéanti. Lui, Mordechai, voulait dénoncer le secret sur le nucléaire à Dimona, édifié avec l’aide des Français en plus. »

Message sur sa paume pour divulguer son enlèvement

Le lendemain, Mordechai Vanunu en entrant dans le réfectoire me sourit et vint vers moi. Je lui dis qu’un ami israélien m’avait parlé de lui et l’admirait. Il me regarda d’un air triste… « une exception ». Un prêtre dans sa robe haute en couleur arriva et monopolisa la conversation. Je partais le lendemain à Naplouse.
Cette personnalité m’a fait réfléchir aux situations où nous êtres humains devons agir. Kant parlait d’« impératif catégorique », nous n’avons pas le choix. Lié pour lui à l’espérance plus difficile à trouver parfois aujourd’hui.
cf. L’histoire oubliée de Mordechai Vanunu, lanceur d’alerte israélien kidnappé par le Mossad
https://www.france-palestine.org/L-histoire-oubliee-de-Mordechai

Le courage
Je mesure le courage de ce type et suis impressionnée par le prix qu’il avait payé. Il me rappelle une de mes lectures favorites que m’avait fait lire mon père les Carnets du Colonel Rémy sur la Résistance. Dans mes années à l’université j’ai été frappée et blessée (j’ai été concernée) par la lâcheté des universitaires. Du coup, j’ai eu du plaisir à lire Houellebecq dans La soumission où avec lucidité il peint des personnages dominants-dominés, les dodos pour moi incapables d’avoir des relations dans l’inter où chacun se modifie par le contact avec l’altérité.
Je me suis intéressée aux lanceurs d’alerte et au courage. Ces personnes incarnent l’importance des individus, leur irremplaçabilité. Comme le souligne Cinthia Fleury le courage c’est vivre le à propos, le moment . Elle cite Montaigne « A mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine » Essais III, 13, L’art de vivre. On se trouve à un moment donné dans une situation donnée où soit on hiberne, ressasse, fléchit, s’aveugle, soit on réagit. Le courage je crois n’est pas inné et il faut le ressourcer à chaque pas.
Les jeunes générations prennent des risques et affrontent des menaces redoutables. Ainsi je suis devenue fan d’Edgard Snowden, que je trouve génial. Après avoir lu son autobiographie, j’ai quitté Facebook et caché les caméras sur mes ordinateurs.
J’ai croisé Mordehai Vanunu quelques mois plus tard dans la Vieille Ville, il ne m’a pas reconnue. Je lui ai demandé si je pouvais le photographier et ai retrouvé son sourire chaleureux et vif.

Quelle ne fut pas ma surprise de le retrouver, par hasard, dans le livre de Florence Hartman, Lanceurs d’alerte, les Mauvaises Consciences de nos Démocraties, (Don Quichotte, février 2014) en bonne compagnie dont La grande Irène Frachon.(cf. Figure du lanceur d’alerte : le cas du Mediator) https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2015-3-page-146.htm, 12.01.2023)



